ACV de la vaisselle à Polytechnique Montréal

À la demande du Bureau du Développement durable de Polytechnique de Montréal, le CIRAIG a réalisé une analyse du cycle de vie comparant différentes options de vaisselle pour ses zones cafétérias et incluant plusieurs analyses des modes de gestion de matières résiduelles générées dans les aires de service alimentaire de l’institution. Cette étude souhaite combler un manque d’informations quant aux choix qui s’offrent aux services alimentaires dans le contexte québécois d’approvisionnement et de gestion des matières résiduelles. En premier lieu, une revue des publications pertinentes (études ACV ou autres) portant sur la vaisselle à usage unique a été effectuée. Ceci a permis de dresser un portrait des travaux déjà réalisés à l’échelle internationale en ce qui a trait à l’analyse environnementale du cycle de vie dans ce domaine et d’aider à la réalisation de la présente étude en identifiant les principaux enjeux à considérer. Par la suite, l’étude a été réalisée de manière itérative, constituant au final trois volets: Volet A : Comparaison des pièces de vaisselle D’abord, des pièces de vaisselle jetables en polystyrène (contenants), en polypropylène (ustensiles) ou en matériaux compostables (carton ou bagasse ou PLA pour les contenants, amidon de maïs pour les ustensiles) offertes par les distributeurs d’Aramark Québec et des pièces réutilisables (céramique, contenants de plastiques réutilisables, ustensiles en acier inoxydable) ont été comparées sur la base de leurs profils environnementaux, c’est-à-dire leurs scores obtenus pour quatre catégories de dommages : Changement climatique, Santé humaine, Qualité des écosystèmes et Ressources. Cette comparaison inclut la consommation d’énergie et de matières et les émissions générées lors de la production des pièces, leur emballage, leur transport et leur gestion en fin de vie (enfouissement ou compostage selon l’option). Pour les pièces réutilisables, l’énergie, l’eau et le savon requis pour leur lavage, de même que leur durée de vie ont été pris en considération. Conclusions du volet A : Les options de vaisselle réutilisable sont toujours nettement préférables aux options de vaisselle à usage unique en ce qui a trait aux catégories Changement climatique, Santé humaine et Ressources, et ce, dès que les pièces sont réutilisées plus de 300 fois et même moins selon les options. Pour la catégorie Qualité des écosystèmes, les scores étant souvent proches, l’incertitude reliée aux données d’inventaire (utilisées pour modéliser les systèmes comparés) et aux facteurs de caractérisation (utilisés pour calculer les scores d’impacts des systèmes comparés) ne permet pas de conclure. Les pièces de vaisselle en polystyrène et les ustensiles en polypropylène sont le plus souvent environnementalement préférables aux options en matériaux biodégradables évaluées dans le cadre de cette étude. Cet avantage de la vaisselle régulière tient principalement à des pièces ayant une masse plus faible que la vaisselle compostable et au fait de leur production au Québec ou en Amérique du Nord, impliquant l’utilisation d’énergie électrique moins dommageable et des distances de transport moindres que la vaisselle biodégradable principalement produite en Asie. Néanmoins, il n’est pas possible de départager de façon globale les options d’assiettes ou de coquilles en PSE et en carton, chacune étant l’option préférable pour au moins une des quatre catégories de dommages considérées. Parmi les matériaux alternatifs comparés pour les contenants, l’option en carton est souvent préférable à celle en bagasse : elle l’emporte dans trois catégories de dommages. L’utilisation d’un produit qui serait fabriqué au Québec est souvent avantageuse grâce au faible impact du mélange d’approvisionnement électrique québécois et à la réduction des transports associés.   Volet B : Fin de vie des matières organiques générées à Polytechnique Dans un second temps, trois modes de gestion des matières organiques générées à Polytechnique ont été comparés : l’enfouissement, le compostage et la décomposition catalytique par micro-ondes. L’enfouissement représente la situation où les matières organiques ne sont pas triées et sont éliminées avec les résidus ultimes. Ces résidus sont gérés par la société RCI Environnement et envoyés, via le site de transbordement de Laval, au LET de Ste-Sophie. Le compostage des matières organiques a été instauré à Polytechnique courant 2015. Les matières organiques sont collectées séparément par NI Corporation et envoyées au site de compostage de Laflèche, en Ontario. Pour la décomposition catalytique par micro-ondes, la technologie Pyrowave, développée à Polytechnique et actuellement en phase pilote, a été considérée. Elle utilise des micro-ondes pour chauffer les déchets en absence d’air afin de décomposer la matière en un liquide (huile de monomères), une cire, un gaz combustible et un combustible solide (noir de carbone). Conclusions du volet B : La décomposition catalytique par micro-ondes des matières organiques est préférable à leur enfouissement ou leur compostage, grâce à la valorisation de ses coproduits. Cette technologie étant en cours de développement, les données utilisées et hypothèses faites à son sujet devraient néanmoins être revalidées lorsque la technologie sera disponible sur le marché. Il n’est pas possible de distinguer la meilleure option entre l’enfouissement et le compostage des matières organiques générées à Polytechnique, les conclusions changeant selon la catégorie d’impact considérée ou étant influencées par des paramètres incertains. Le transport des matières organiques entre Polytechnique et leur lieu de traitement a une contribution significative aux impacts potentiels. Il est donc préférable de minimiser cette distance autant que possible.   Volet C : Scénarios d’approvisionnement en vaisselle et de gestion des matières résiduelles générées dans les aires de service alimentaire de Polytechnique Pour finir, différents scénarios d’approvisionnement en vaisselle et de gestion des matières résiduelles (papier, carton, verre, métaux, plastiques, matières organiques et résidus ultimes) générées dans les services alimentaires de Polytechnique ont été comparés. Les scénarios se différencient sur deux aspects : le choix de la vaisselle (mêmes options que pour le volet A) et les options de gestion des différentes matières résiduelles (enfouissement, compostage, recyclage ou décomposition catalytique par micro-ondes selon les matériaux et les scénarios). La vaisselle biodégradable facilitant la mise en place d’un système de collecte des résidus compostables, un des objectifs était ici de vérifier si le fait d’inclure la gestion des résidus alimentaires dans l’analyse modifiait les conclusions du volet A. À noter que cette étude n’avait pas pour objectif de couvrir l’ensemble des activités associées aux services alimentaires. À ce titre, il n’est pas établi de profil environnemental (soit les résultats pour les quatre catégories d’impacts considérées) pour les services alimentaires puisque sont exclues les activités telles que la préparation des repas, la gestion des aliments, l’entretien des locaux, etc. Conclusion du volet C : Comme pour le volet A, l’emploi de vaisselle réutilisable est très avantageux par rapport aux options à usage unique, que les résidus de tables soient enfouis ou compostés. L’option de vaisselle réutilisable n’est cependant pas envisageable à court terme pour Polytechnique Montréal à cause de contraintes d’aménagement. Parmi les options de vaisselle à usage unique, le scénario le plus favorable est celui de vaisselle non biodégradable, avec décomposition catalytique par micro-ondes des matières résiduelles. La gestion en fin de vie des matières résiduelles (déchets de vaisselle, résidus alimentaires, matières recyclables et résidus ultimes) a une faible influence sur les scénarios comparés, à l’exception de ceux utilisant la décomposition catalytique par micro-ondes. Dans tous les scénarios, le principal contributeur est l’approvisionnement en vaisselle (et son utilisation dans le cas de la vaisselle réutilisable).

L’étude a été effectuée en collaboration avec:

Polytechnique Montréal

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