Le plastique, est-ce si mauvais pour l’environnement ?

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Are plastics so bad for the environment?

Le plastique, ça sert à quoi ?

Nés au début du XXe siècle, les plastiques sont des polymères créés par la pétrochimie à partir de pétrole brut ou de matières végétales auxquels sont ajoutés des additifs pour améliorer leurs propriétés. Le plastique est facile à produire et à modeler : léger, hermétique et peu coûteux, c’est pourquoi il est devenu un matériau incontournable.

Au Canada, un tiers du plastique est utilisé pour l’emballage, 26% dans la construction et le reste dans l’électrique et l’électronique, les textiles, l’agriculture et l’industrie automobile pour alléger le poids des véhicules et réduire leur consommation d’essence.   

Qu’est-ce qui pollue le plus: les déchets d’emballage ou le gaspillage alimentaire?

Au Canada, environ 11 Mt d’aliments gaspillés par année pourraient être évités. Cela représente 22Mt de CO2eq et 1.4 milliards de tonnes d’eau qui pourraient être sauvés.

L’emballage alimentaire

L’emballage des aliments joue un rôle crucial dans la lutte contre leur gaspillage puisque son rôle principal est de les protéger au long de la chaîne logistique, de maintenir leurs propriétés nutritionnelles et organoleptiques, et de prolonger leur durée de conservation. En effet, les produits frais emballés se conserveraient de 2 à 10 fois plus longtemps que ceux non emballés. Bien sûr, il faut distinguer ici l’emballage utile du suremballage inutile, qui doit dans tous les cas être combattu. 

L’emballage alimentaire a lui-même un coût environnemental essentiellement dû à sa production et dont l’importance varie en fonction des aliments. Par exemple, l’emballage des fruits, légumes et boissons représente en moyenne de 9% à 33% des gaz à effet de serre sur leur cycle de vie; et moins de 3% pour les produits laitiers, les céréales, la viande et le poisson. En gros, plus la production de l’aliment à une empreinte élevée, plus l’impact proportionnel de l’emballage sera faible et donc plus ça vaudra la peine d’utiliser un emballage pour prévenir les pertes alimentaires.

Éviter le gaspillage alimentaire

Le conseil national zéro déchet souligne que pour la plupart des aliments, éliminer l’emballage primaire permet une réduction des GES qui ne compense pas une augmentation même faible du gaspillage. Autrement dit, si on sait qu’il y a un risque qu’on gaspille un aliment, il vaut mieux l’acheter emballé. L’emballage est donc surtout utile pour des aliments qui se conservent mal ou avec une empreinte environnementale élevée. Le vrac serait plus adapté pour les aliments secs, résistants et qui se conservent longtemps.

Enfin, pour que le zéro déchet soit bénéfique pour l’environnement, il faut apprendre à bien conserver ses aliments pour ne pas augmenter son gaspillage alimentaire et bien réutiliser ses contenants pour amortir l’impact de leur production.

Sac en plastique ou alternative, quel est le meilleur choix?

Les sacs en plastique à usage unique conventionnel sont très fins, pèsent environ 8 grammes et sont souvent réutilisés comme sac d’ordure, ce qui contribue à diminuer leur impact. L’impact environnemental sur le cycle de vie d’un sac équivaut à parcourir une centaine de mètres en auto et provient principalement de l’étape de fabrication du plastique. Si 4% de ces sacs seraient ensuite abandonnés dans la nature, on ne sait pas encore mesurer l’impact de cette pollution plastique sur l’environnement.

Pas les pires, les sacs de plastique conventionnels ?

D’après l’étude du CIRAIG sur les sacs d’emplettes au Québec, les sacs de plastique conventionnels performeraient mieux que les autres sacs jetables car ils sont plus légers et nécessitent donc moins de matière et d’énergie sur leur cycle de vie. 

L’impact d’un sac en papier est 4 à 28 fois plus élevé que le sac en plastique. Pour qu’il devienne moins impactant, il faudrait que ce sac en papier remplace entre 4 et 28 sacs de plastique, et donc le réutiliser entre 4 et 28 fois. Même raisonnement pour les sacs en plastique épais ou en bioplastique qu’il faudrait réutiliser de 2 à 11 fois pour devenir meilleur que les sacs de plastique.

Et les sacs réutilisables ?

Concernant les sacs réutilisables, leur performance comparée au sac de plastique jetable dépend surtout de leur nombre de réutilisation, sachant qu’un sac réutilisable en plastique épais est environ 10 fois moins impactant qu’un sac réutilisable en coton. Mais si vous faites vos emplettes toutes les semaines avec les mêmes sacs réutilisables en plastique pendant 1 à 2 ans, vous devriez être correct !

De façon générale, pourquoi le plastique est-il souvent meilleur que d’autres alternatives? 

Parce que même si son impact par kilogramme est plus élevé que d’autres matériaux comme le l’aluminium ou le verre, on a besoin en moyenne de 2 à 8 fois de moins de plastique pour remplir la même fonction. C’est donc le nombre de fois où les matériaux pourront être réutilisés qui viendra éventuellement détrôner le plastique. 

Est-ce que l’abolition du plastique est une fausse bonne idée?

Réponse courte : on ne sait pas. Actuellement, il y a plusieurs aspects très mal connus qui ne sont pas pris en compte dans les études et empêchent d’avoir un portrait complet. Comme par exemple les impacts sur notre santé de l’utilisation du plastique (contamination des aliments ou la pollution de l’air intérieur), mais aussi les impacts de la pollution plastique, c’est à dire l’abandon de plastique dans l’environnement, sont mal connus, non mesurables et sujet à débat dans la communauté scientifique.

Mieux gérer nos déchets en fin de vie 

Sur les 415 Mt de plastique produit annuellement dans le monde, environ 3% est abandonné dans l’environnement et fini ultimement dans les océans. Plus de 80% de cette pollution plastique sont des déchets mal gérés en fin de vie (bouteille, etc.).

Ce macroplastique qui peut causer l’étouffement de certains animaux finit par se fragmenter en micro et nano plastiques qui sont ingéré par de nombreuses espèces marines et dont on ne connaît pas encore les effets. Des recherches, notamment au CIRAIG, sont actuellement en cours pour déterminer le devenir des plastiques dans l’environnement et ses effets potentiels sur les écosystèmes et la santé humaine. Par ailleurs, comme le plastique se dégrade très lentement, les effets du plastique abandonné aujourd’hui se feront probablement encore sentir dans des centaines d’années. Cependant, on ne connaît pas aujourd’hui l’ampleur de ces impacts, ni leur importance comparée à d’autres problématiques environnementales comme le changement climatique. 

Une question à ce jour sans réponse

On ne peut donc pas mesurer à quel point abolir les plastiques sera bénéfique pour l’environnement. Sans oublier que les plastiques ont une fonction et qu’il faudrait évaluer les impacts de leurs alternatives pour répondre de façon complète à la question.

Toutefois, la source principale de la pollution plastique se trouve dans des régions où les déchets sont mal gérés en fin de vie comme en Asie, où une partie de nos déchets plastiques est envoyée. En complément d’une réduction de l’utilisation du plastique, augmenter le taux de collecte et de traitement en fin de vie des déchets plastiques dans ces régions serait sûrement parmi les mesures les plus efficaces pour limiter la pollution plastique actuelle.

Carte interactive de l’origine de la pollution plastique dans le monde : https://www.arcgis.com/home/webmap/viewer.html?webmap=83f9c0a5f876410289d03dd4e09556b3


Ce billet de blogue est tiré d’une chronique présentée le 16 juin 2020 par Laure Patouillard, coordonnatrice scientifique et associée de recherche au CIRAIG, à l’émission Moteur de recherche de Radio-Canada.


Bibliographie

Heller, M. C., Selke, S. E. M., & Keoleian, G. A. (2019). Mapping the Influence of Food Waste in Food Packaging Environmental Performance Assessments. Journal of Industrial Ecology, 23(2), 480–495. https://doi.org/10.1111/jiec.12743

Boucher, J., & Billard, G. (2019). The challenges of measuring plastic pollution. Field Actions Science Reports. Retrieved from http://journals.openedition.org/factsreports/5319

Conseil national Zéro Déchet. (2020). Moins de pertes et de gaspillage alimentaires, moins de déchets d’emballage RAPPORT DE RECHERCHE.

CIRAIG (2017). ANALYSE DU CYCLE DE VIE DES SACS D’EMPLETTES AU QUÉBEC. Retrieved from www.ciraig.org

Environnement et changement climatique Canada. (2020). Ébauche d’évaluation scientifique de la pollution plastique.

Boucher, J., Billard, G., Simeone, E., & Sousa, J. (2020). The marine plastic footprint : towards a science-based metric for measuring marine plastic leakage and increasing the materiality and circularity of plastic. The marine plastic footprint. https://doi.org/10.2305/iucn.ch.2020.01.en

Trucost. (2016). Plastic and sustainablity, 1–86. Retrieved from www.trucost.com

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Changement à la direction du CIRAIG

Sara Russo Garrido est nommée directrice exécutive du CIRAIG et succède à Sophie Fallaha

François Saunier est nommé directeur exécutif adjoint du CIRAIG et succède à Sara Russo Garrido