Quel est l’impact environnemental de la pêche ?

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Bien que la majorité de ce qui est mangé provienne de la pêche commerciale, la pêche récréative est une activité de plein air populaire au Canada qui rassemble plus de 3 millions de pêcheurs [1].

Quelques fils de pêches et quelques plombs au fond de l’eau, est-ce que c’est vraiment grave ?

Cette question porte principalement sur les équipements perdus lors de la pêche récréative, tels que des fils de nylon, hameçons, appâts synthétiques, poids en plomb. En pêche commerciale cependant, on parle de filets de plusieurs kilomètres, casiers, lignes avec des milliers d’hameçons.

Dans la littérature scientifique, il existe peu d’information sur l’impact environnemental de la pêche récréative [2], mais ses enjeux ressemblent, à moindre échelle, à ceux de la pêche commerciale en mer qui est mieux documentée.

Les équipements perdus ont plusieurs impacts directs sur la biodiversité. Un instrument ou engin de pêche perdu, abandonné ou rejeté peut continuer de piéger des espèces marines, pouvant les blesser ou les tuer, ce qui est appelé la pêche fantôme [3]. Au-delà des dommages physiques, un autre impact direct de ces pertes est la pollution plastique. En effet, la pêche fait partie des grandes sources de pollution plastique avec 0,6 Mt/an [4]. Cette quantité est partagée entre les macroplastiques et les microplastiques. Les macroplastiques sont les débris de lignes ou filets de grandes tailles dans lesquels les animaux marins s’enchevêtrent. Leur dégradation est lente et incertaine, donc leur impact dure potentiellement longtemps [5]. Les microplastiques, qui sont issus de la dégradation du plastique, sont ingérés par les poissons, ce qui peut provoquer leur étouffement, et donc perturber les écosystèmes marins. Ce dernier point n’est pas encore très documenté et est en cours de développement par le groupe MarilCa, dont certains membres sont au CIRAIG. Enfin, des poids en plomb sont parfois utilisés et perdus dans l’eau, où ils se dissolvent, provoquant un effet toxique supplémentaire sur les écosystèmes [6]

L’impact de la pêche à la ligne est-il comparable à d’autres techniques de pêche ?

Au-delà des impacts liés au matériel perdu, certaines techniques de pêche sont pires que d’autres pour la biodiversité [3].

La pire technique de pêche pour la biodiversité est la pêche par les chaluts de fond, qui représente un quart des captures mondiales [7]. Ce sont d’immenses filets qui sont traînés sur les fonds marins pour capturer des espèces comme la morue, la sole, ou les crevettes. Les dragues fonctionnent selon le même principe mais avec des cages en fer pour capturer les mollusques, et génère le même type d’impact. Ces techniques sont efficaces en terme de quantités péchées mais [8] elles détruisent le plancher océanique et donc les organismes et les habitats des espèces qui y vivent. En effet, à seulement deux centimètres de pénétration dans les sédiments, on tue environ 6 % des organismes du fond [9]. À seize centimètres, on en tue 40 % et des récifs coralliens qui ont mis des siècles à se former peuvent être détruits en un seul passage. De plus, comme le filet des chaluts de fond est peu sélectif, 25% à 50 % des captures sont des prises accessoires (by-catch) [9], c’est à dire des espèces qu’on ne cherchait pas à capturer comme des juvéniles, des mammifères marins, des tortues, etc. Environ 10% des poissons pêchés dans le monde sont ainsi rejetés à la mer, morts ou blessés [9].

A l’autre bout du spectre, les meilleures techniques sont celles qui n’engendrent pas de destruction d’habitat, et presque pas de prises accessoires [8], telles que la pêche à la ligne qui est la plus populaire en pêche récréative et la pêche aux casiers, qui sont des cages posées sur le fond pour attraper le crabe ou le homard permettent aux espèces trop petites de s’échapper. Leur seul inconvénient, c’est la pêche fantôme dès lors qu’ils sont abandonnés.

Entre les deux, il y a toute une palette de technique de pêche. Les filets maillants capturent beaucoup d’espèces non ciblées, dont des requins et des mammifères marins. Les palangres (des lignes avec des milliers d’hameçons) peuvent réduire leurs prises accessoires si on les place plus en profondeur et qu’on utilise des hameçons circulaires. Les sennes coulissantes, qui encerclent les bancs de poissons, génèrent beaucoup de prises accessoires, surtout des juvéniles, mais bien moins si on abandonne les dispositifs de concentration de poissons. 

La règle générale qui peut être retenue c’est que plus la technique est sélective et statique, moins elle est destructrice.

Est-ce qu’on pourrait vider l’océan de tous ses poissons avec la pêche ?

Effectivement, un autre enjeu majeur de la pêche sur la biodiversité qui ne peut pas être ignoré est la surpêche. Quand on prélève les poissons plus vite qu’ils ne se reproduisent, les stocks s’effondrent et la population diminue. Un triste exemple au Canada est la morue de l’Atlantique Nord : le stock s’est effondré en quelques décennies, et ne s’est jamais vraiment rétabli [10].

Aujourd’hui, dans le monde, 1 poisson pêché sur 5 est issu de la surpêche [9]. Pour éviter ce phénomène, une gestion durable de la pêche est nécessaire. Sur la côte Est du Canada, seuls 25% des populations marines sont exploitées de façon durable avec certitude, sachant que le statut de 45% des populations de poissons au Canada est inconnu [11]. 

Les thons, les requins, les raies et les maquereaux sont des espèces en surpêche [9]. Mais attention car le risque de surpêche ne dépend pas seulement de l’espèce, mais aussi de l’origine et de la sous-espèce : le thon rouge est très menacé, surtout dans l’océan Indien, alors que le thon Albacore et le thon de l’Atlantique ou du Pacifique se portent mieux [9]. La surpêche ne menace pas seulement les espèces ciblées. Elle déséquilibre toute la chaîne alimentaire. Retirer trop de thons, c’est aussi perturber les espèces dont ils se nourrissent (qui ont alors moins de prédateurs et se répandent plus largement) et celles qui s’en nourrissent.

La pêche a-t-elle aussi un impact sur les changements climatiques ?

L’empreinte carbone de la pêche est un sujet moins souvent abordé, et pourtant, elle est significative. Le principal coupable, c’est le carburant des bateaux [3], mais aussi le carburant des voitures individuelles pour se rendre sur le lieu de pêche dans le cas de la pêche récréative. Plus on pêche loin, plus on consomme.

Certaines techniques de pêche sont très énergivores comme le chalut de fond et la drague, ce qui rend l’empreinte carbone des poissons plats telle que la sole particulièrement élevée. Selon les espèces et les techniques de pêche, l’empreinte carbone des produits de la pêche varie de 2 à 24 kilogrammes de CO₂ par kg [3]. Pour situer, le homard pêché se rapproche du bœuf. En effet, son rendement de capture est très faible : un ou deux homards par casier, pour des heures de navigation. À l’opposé, les petits poissons pélagiques comme le hareng, la sardine ou l’anchois ont une empreinte très faible : ils forment des bancs denses près des côtes, donc on en ramasse beaucoup avec peu de carburant. Mais, la variabilité peut être importante pour une même espèce. Le saumon pêché peut varier de 2 à 17 kg CO₂eq selon d’où il vient et comment il a été pêché. L’origine et la technique de pêche comptent autant que l’espèce.

Comment déterminer les meilleurs choix pour l’environnement ?

C’est là que ça se complique ! Car une espèce avec une forte empreinte carbone comme le homard peut avoir été pêchée avec des méthodes plus respectueuses de la biodiversité comme les casiers. À l’inverse, une espèce comme le thon peut avoir une empreinte carbone correcte, mais être en danger d’extinction à cause de la surpêche.   

Bien que ces enjeux liés à l’empreinte carbone, la surpêche, les prises accessoires, la destruction des fonds marins, la pollution plastique, la pêche fantôme aient tous un impact sur la biodiversité, la science ne sait pas encore les mettre sur une même balance pour déterminer leur importance relative. Des travaux de recherche sont en cours [5], mais en attendant pour faire des choix il faut faire des compromis entre les différents enjeux.

L’aquaculture, est-ce mieux ?

En aquaculture, il n’y a pas de problème de surpêche ou de prises accessoires. Cependant d’autres impacts environnementaux doivent être pris en compte, notamment l’empreinte carbone liée à la production de l’alimentation, l’impact de la consommation d’eau douce et les risques d’eutrophisation des eaux côtières. Dans certains contextes, l’aquaculture peut également contribuer à la destruction de mangroves, notamment pour l’élevage de crevettes, et entraîner des risques de contamination génétique lorsque des espèces d’élevage s’échappent et se reproduisent avec des populations indigènes [3].

En moyenne, le saumon et les moules d’élevage ont une empreinte carbone plus faible que leur version pêchée [3], sans enjeu de surpêche. L’aquaculture est donc souvent un choix plus sûr si on ne connaît pas l’origine et la technique de pêche.

Que peut-on faire pour réduire l’impact environnemental à notre échelle ?

Et pour ceux qui achètent du poisson, plusieurs questions peuvent guider le choix : D’où ça vient ? Comment c’est pêché ? Et est-ce que c’est certifié ? Le label MSC (Marine Stewardship Council) est une bonne boussole contre la surpêche. Enfin, varier les espèces consommées peut contribuer à réduire la pression exercée sur certaines espèces particulièrement populaires.


Ce billet de blogue est tiré d’une chronique présentée le 17 juin 2026 par Laure Patouillard, professeur associée et professionnelle de recherche au CIRAIG, dans l’émission Moteur de recherche (Radio-Canada), animée par Matthieu Dugal.


Références

[1]       Pêches et Océans Canada, “2021 Info-éclair Pêches canadiennes.” 2021.

[2]       A. R. Watson et al., “Source, fate and management of recreational fishing marine debris,” Mar. Pollut. Bull., vol. 178, no. April, p. 113500, 2022.

[3]       J. A. Gephart et al., “Environmental performance of blue foods,” Nature, vol. 597, no. 7876, pp. 360–365, 2021.

[4]       J. Boucher, G. Billard, E. Simeone, and J. Sousa, The marine plastic footprint : towards a science-based metric for measuring marine plastic leakage and increasing the materiality and circularity of plastic. 2020.

[5]       C. Askham et al., “Expanding life cycle impact assessment to account for marine plastic emissions: a case study for the fishing industry,” Int. J. Life Cycle Assess., vol. 31, no. 1–3, p. 46, Mar. 2026.

[6]       W. C. Lewin et al., “Potential Environmental Impacts of Recreational Fishing on Marine Fish Stocks and Ecosystems,” Rev. Fish. Sci. Aquac., vol. 27, no. 3, pp. 287–330, 2019.

[7]       T. Cashion et al., “Reconstructing global marine fishing gear use: Catches and landed values by gear type and sector,” Fish. Res., vol. 206, no. April, pp. 57–64, 2018.

[8]       Monterey Bay Aquarium, “Fishing & farming methods.” [Online]. Available: https://www.montereybayaquarium.org/animals-the-ocean/how-to-choose-sustainable-seafood/fishing-and-farming-seafood/fishing-and-farming-methods. [Accessed: 12-Jun-2026].

[9]       H. Ritchie and M. Roser, “Fish and Overfishing – Our World in Data,” Our World in Data, 2021. [Online]. Available: https://ourworldindata.org/fish-and-overfishing.

[10]     R. Schijns, R. Froese, J. A. Hutchings, and D. Pauly, “Five centuries of cod catches in Eastern Canada,” ICES J. Mar. Sci., vol. 78, no. 8, pp. 2675–2683, 2021.

[11]     Oceana, “Here’s the catch: HOW TO RESTORE ABUNDANCE TO CANADA’S OCEANS.” 2016.

[12]     M. Ottinger, K. Clauss, and C. Kuenzer, “Aquaculture: Relevance, distribution, impacts and spatial assessments – A review,” Ocean Coast. Manag., vol. 119, no. 2016, pp. 244–266, 2016.

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