Quelle est la manière la plus éco responsable de boire un café ?

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Plus de 26 millions de kg de grain de café par jour sont consommés dans le monde, dont 2% au Canada. Le café serait la boisson la plus consommée par les adultes au Canada, devant l’eau du robinet! D’après l’Association canadienne du café, un Canadien adulte boit en moyenne 2.8 cafés par jour. Boire du café fait donc partie intégrante de nos vies et de nombreux consommateurs se demandent ce qu’ils pourraient faire pour que cette habitude ne soit pas trop dommageable pour la planète.

Quelle est la manière la plus éco responsable de boire un café ? 

La réponse à cette question n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air. Conditions de travail des producteurs de café, impacts environnementaux liés à la culture du café (déforestation, dégradation des sols, perte de biodiversité), pour ou contre les capsules de café, la guerre contre le gobelet jetable, émissions de gaz à effet de serre liés au transport. Beaucoup de messages, parfois contradictoires, sont relayés sur les impacts du café et il est souvent difficile pour le consommateur de faire le tri pour déterminer quoi faire et par où commencer.

Pour aider à y voir pour clair, on vous propose de faire un pas de recul en adoptant une vision plus globale du problème grâce à l’analyse du cycle de vie. Cette approche permet d’étudier les impacts environnementaux et sociaux potentiels d’un produit ou d’un service en regardant les impacts à chacune des étapes de son cycle de vie, c’est-à-dire depuis l’extraction des matières premières, leur transformation, l’utilisation et la fin de vie du produit. Cette façon de voir les choses va nous permettre de mettre en perspective l’importance relative des différents enjeux liés à la consommation du café et d’identifier des pistes efficaces pour boire un café de manière plus écoresponsable.

Quand on réfléchit à l’impact de notre consommation, il faut faire l’effort de retracer intellectuellement le parcours de ce que l’on a entre les mains. Un café, ce n’est pas qu’une boisson chaude et réconfortante qui nous permet d’être productifs dès 8h du matin. En effet, on a souvent tendance à focaliser sur les impacts de ce que l’on voit en tant que consommateur (capsule, contenant pour boire le café, machine à café) en oubliant les autres impacts cachés dans le cycle de vie. 

Le cycle de vie d’un café 

Tout commence dans un climat tropical par la culture et la récolte des fruits du caféier (la drupe!), vient ensuite une succession d’étapes de transformation pour extraire le grain de café et le torréfier (dépulpage, fermentation, lavage, séchage, déparchage, torréfaction), l’emballage des grains, une voire plusieurs étapes de distribution, puis la préparation et consommation qui comprend la mouture du café et tout le nécessaire pour la préparation du café (cafetière, eau, dose de café, tasse, autres ingrédients, etc.) et enfin la fin de vie.

Une revue de littérature réalisée par l’Université du Michigan en 2017 a montré que l’empreinte carbone d’une tasse de café varie de 50 à 250g CO2eq selon le type de breuvage préparé et la façon de préparer le café. Pour mettre en perspective ces chiffres, boire 2.8 tasses de latté par jour (la moyenne canadienne) aurait environ la même empreinte carbone que produire et bruler une tasse d’essence par jour. Si on veut consommer un café de manière plus écoresponsable, il est essentiel de comprendre d’abord d’où proviennent les impacts. Toutes les études sur le sujet montrent que les étapes ayant le plus d’impacts sont la production du café (qui représente de 50% à 80% de l’empreinte carbone) et la préparation et consommation du café (qui représente de 20 à 50% de l’empreinte carbone).

Si on regarde de plus près la phase de production des grains de café, son impact environnemental provient principalement de la culture du café. L’empreinte carbone de la culture conventionnelle du café est principalement due à la production d’engrais et à leur application qui génèrent des émissions de N2O, un gaz à effet de serre très puissant. 

L’empreinte environnemental du café biologique

D’après l’article scientifique de Noponen et al. paru en 2012, la culture biologique du café permettrait de réduire significativement l’empreinte carbone de la culture du café dépendamment des pays et des pratiques culturales. Le seul bémol de la culture biologique du café est que son rendement à l’hectare est souvent plus faible, ce qui implique l’utilisation de plus de terres pour produire un kg de café, et donc plus d’impact potentiel sur les écosystèmes. Il est important de garder à l’esprit qu’il existe une grande variété de pratiques pour cultiver le café (monoculture ou polyculture, irrigué ou non, biologique ou non) qui influencent les rendements agricoles et les impacts environnementaux.

Les impacts sociaux du café

Par ailleurs, la culture du café a aussi des impacts sociaux. Rappelons que 125 millions de personnes dépendent de la culture du café pour leur survie en Amérique latine, Afrique et Asie. 80% des agriculteurs sont des petits producteurs qui font face à de nombreux défis comme la pauvreté et l’instabilité sur le rendement des récoltes dues aux effets des changements climatiques. 

Les certifications de café écoresponsable

En tant que consommateur, une des façons de limiter les impacts sociaux et environnementaux de la culture du café est d’acheter du café certifié. Il existe plusieurs types de certifications qui couvrent chacune différents aspects de l’écoresponsabilité :

  • La certification « équitable » garantit un revenu minimal aux agriculteurs, peu importe les fluctuations des prix sur le marché mondial du café. 
  • La certification écoresponsable « Rain Forest » garantit que la production du café respecte certains critères de conservation de biodiversité, de conditions de vie des travailleurs et de gestion durable des terres. 
  • Enfin, les critères de certification biologique qui régulent l’utilisation des engrais et pesticides chimiques et des OGM peuvent différer légèrement d’un pays à l’autre.

Préparer sa tasse de café de manière écoresponsbale

Acheter du café certifié c’est bien, mais ce n’est pas tout! Puisque la culture du café a une empreinte importante, pour être le plus écoresponsable possible, il faut idéalement consommer le moins de grains de café possible par tasse. Regardons de plus près ce qui se passe à l’étape de préparation et de consommation du café. À cette étape, l’empreinte carbone est principalement due à la consommation d’électricité pour chauffer l’eau et maintenir au chaud le café et au comportement du consommateur qui influence la quantité de café nécessaire par tasse (mauvais dosage du café, gaspillage d’une partie du café préparé). De plus, l’ajout de lait au café peut multiplier jusqu’à 5 fois l’empreinte carbone de votre breuvage, dépendamment de la quantité de lait ajouté.

Qu’en est-il de l’impact environnemental des capsules de café? 

L’avantage des capsules est qu’elles contiennent déjà la bonne quantité de café pour une tasse, contrairement au café filtre où le café est souvent surdosé et où l’on a tendance à préparer plus de café que nécessaire, et donc à en gaspiller une partie. Une étude menée par Quantis en 2015 a montré que l’empreinte carbone d’une tasse de café préparée avec une cafetière à capsule ou une cafetière à filtre était équivalente, en supposant que l’on prépare juste la quantité de café nécessaire avec la cafetière filtre, ce qui est rarement le cas en pratique. L’empreinte de la capsule ne représente que 8% de l’empreinte carbone alors que le gaspillage de 50% du café filtre (on prépare 6 tasses pour en consommer 4) augmente l’empreinte carbone de 30%. Apprendre à bien doser son café et à éviter le gaspillage est donc essentiel.

Écoutez ce capsule du MOOC Introduction à l’analyse du cycle de vie pour un aperçu de l’étude sur l’empreinte environnementale des capsules de café

Tasse réutilisable ou gobelet jetable: Laquelle est le meilleur choix pour l’environnement?

Contrairement aux idées reçues, l’avantage d’utiliser une tasse réutilisable plutôt qu’un gobelet jetable dépend du nombre de fois où la tasse sera réutilisée et de la méthode utilisée pour nettoyer la tasse, d’après une étude sur le sujet mené par le CIRAIG en 2014. En fait, l’impact de la production et de la fin de vie du contenant reste négligeable par rapport à l’impact de la production du café. En revanche, le lavage de la tasse, si elle est lavée à la main et à l’eau chaude, peut représenter jusqu’à un quart de l’empreinte carbone totale de boire un café!

Voici les 7 gestes les plus efficaces que l’on peut poser en tant que consommateur pour boire du café de manière plus écoresponsable :

  1. Acheter du café certifié (équitable, biologique et écoresponsable)
  2. Apprendre à bien doser son café (mieux vaut utiliser une capsule que mal doser son café)
  3. Préparer juste la quantité de café nécessaire pour éviter le gaspillage
  4. Mettre peu ou pas de lait, ou préférer le lait végétal
  5. Laver sa tasse à l’eau froide ou la mettre au lave-vaisselle (rempli!)
  6. Choisir une machine à café qui consomme peu d’électricité
  7. Éviter de surconsommer des cafés (bon aussi pour la santé et le porte-monnaie!)
7 gestes pour boire du café de manière plus écoresponsable

Ce billet de blogue est tiré d’une chronique présentée le 18 septembre 2019 par Laure Patouillard, coordonnatrice scientifique et associée de recherche au CIRAIG, à l’émission Moteur de recherche de Radio-Canada.


Bibliographie

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CIRAIG. (2014). ANALYSE DU CYCLE DE VIE DE TASSES RÉUTILISABLES ET DE GOBELETS À CAFÉ À USAGE UNIQUE.

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Hassard, H. A., Couch, M. H., Techa-Erawan, T., & Mclellan, B. C. (2014). Product carbon footprint and energy analysis of alternative coffee products in Japan. Journal of Cleaner Production, 73, 310–321. https://doi.org/10.1016/j.jclepro.2014.02.006

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Krishnan, S. (2017). Environmental Impacts and Sustainability of Coffee Production (Vol. 1). https://doi.org/10.1093/acrefore/9780199389414.013.224

Noponen, M. R. A., Edwards-Jones, G., Haggar, J. P., Soto, G., Attarzadeh, N., & Healey, J. R. (2012). Greenhouse gas emissions in coffee grown with differing input levels under conventional and organic management. Agriculture, Ecosystems and Environment, 151, 6–15. https://doi.org/10.1016/j.agee.2012.01.019

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Quantis. (2015). Life Cycle Assessment of Coffee Consumption: comparison of single-serve coffee and bulk coffee brewing. Retrieved from quantis-intl.com

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Changement à la direction du CIRAIG

Sara Russo Garrido est nommée directrice exécutive du CIRAIG et succède à Sophie Fallaha

François Saunier est nommé directeur exécutif adjoint du CIRAIG et succède à Sara Russo Garrido